Quand apprendre revient à réfléchir…

Voilà deux-trois semaines que je m’imprègne des différentes théories sur l’apprendre : béhaviorisme, cognitivisme, constructivisme et connectivisme. Certes elles sont bien différentes l’une de l’autre, mais est-ce vraiment possible pour un enseignant de les disséquer, voire de s’en extirper complètement, et d’affirmer qu’il ne s’inspire que d’une seule ? Dès que nous utilisons l’évaluation sommative, nous faisons face aux théories behavioristes où l’étudiant, pour avoir une note désirée (récompense), agira en conséquence (comportement). Bien sûr, pour enseigner, nous avons plutôt utilisé des méthodes issues des autres théories comme la résolution de problème (plus près du cognitivisme), des travaux d’équipe (qui se rapproche du constructivisme) ou encore des forums ou des wiki (qui emprunte au connectivisme) (Ertmer et Newby, 1993 ; Siemens, 2005). Mais le fait demeure qu’aujourd’hui, il est rare qu’un enseignant n’utilise des méthodes issues que d’une seule théorie ; au contraire, une approche d’étude de cas en équipe par exemple implique automatiquement deux théories, voire parfois trois (Ertmer et Newby, 2013).

Je ne m’en suis pas caché, dès mon premier billet, j’ai affirmé préconiser, même dans mes cours magistraux, une méthode socratique de l’apprendre (voire mon commentaire du premier billet de Michaël). Or, lorsque je pose des questions aux étudiants, je leur demande à la fois de réfléchir à ce qu’ils connaissent (cognitivisme) et de faire des liens (constructivisme) ; ne voulant pas avoir l’air idiot (béhaviorisme), ils doivent sur le champs faire des liens, voire des hyperliens (cognitivisme/constructivisme). Il ne me reste plus qu’à trouver des outils technologiques qui me permettent de faire cela à distance, de faire réfléchir mes étudiants sans qui j’y sois, entre eux, et je me serai inspiré des théories connectivistes.

J’ai été particulièrement interpellé par une phrase dans le texte de Ertmer et Newby (2013) : « For these learners [the new ones of today], doing is more important than knowing, as this enables the development of a deeper and more understanding of the task at hand » (p. 67). « Faire est plus important que savoir ». Or, comment faire, si on ne sait pas ? Plus loin, ils expliquent que c’est dans les conversations que les apprenants testeront leurs nouvelles connaissances, qui deviendront par la suite un savoir. Peut-être que suis-je rétrograde, mais je continue de croire que pour faire, ou même savoir, il faut réfléchir. Et c’est ce que je tente de faire, chaque fois que je parle avec mes étudiants ; en les faisant agir, penser, discuter et créer.


Ménard, L. et St-Pierre, L. (2014). Paradigmes et théories qui guident l’action. Dans Se former en pédagogie de l’enseignement supérieur (pp.17-34). Montréal : Collection PERFORMA AQPC.

Siemens, George (2005). Connectivism: A Learning Theory For The Digital Age. International Journal of Instructional Technology and Distance Learning, 2(1), 3-10.


Siemens, George (2009). What is connectivism? https://docs.google.com/document/d/ 14pKVP0_ILdPty6MGMJW8eQVEY1zibZ0RpQ2C0cePIgc/edit. Consulté le 12 octobre 2016.

Commentaires

  1. Votre questionnement concernant, si est-ce vraiment possible pour un enseignant de disséquer les différentes théories sur l’apprendre, voire de s’en extirper complètement, et d’affirmer qu’il ne s’inspire que d’une seule, me fait réagir. Pourquoi ? Parce que selon moi la réponse est non, mon enseignement est teinté de plusieurs théories. À la base, je tiens à amener l’apprenant dans une zone de développement proximale (cognitivisme) qui correspond à un contexte qui dépasse légèrement ses capacités, ce qui, naturellement, requiert l’aide d’un guide (enseignant) ou un pair plus compétent. La qualité de l’aide fournie consiste à guider ses actes afin qu’il puisse réussir une tâche donnée avec succès. Ce qui amène l’apprenant à réfléchir, à résoudre une tâche, à faire des liens.

    En effet, je crois qu’apprendre peut prendre le sens d'une compétence qui s'acquiert des savoirs en trois mots : l’action, lequel permet à l'apprenant de s'engager activement à la construction des savoirs (constructivisme). L'interaction, lequel lui permet de profiter des autres et de faire profiter les autres à partir des échanges (socioconstructivisme). La réflexion critique (cognitivisme/constructivisme), lequel lui permet de faire une autocritique sur ses expériences, c’est-à-dire une auto-évaluation sur son propre cheminement.
    Comme je l’ai mentionné dans mon billet réflexif 3, mon vœu le plus cher c’est que mon enseignement soit significatif pour l’apprenant. J’entends par significatif le souci de prévoir des stratégies visant à rendre mes apprenants actifs, c’est-dire dire, pour reprendre vos propos, « en les faisant agir, penser, discuter et créer ».

    Références

    Altet, M. (1997). Les pédagogies de l'apprentissage. Paris : PUF.
    Bodrova, E. et Deborah L. (2007). Tools of the mind : the Vygotskian approach to early childhood education, 2nd. Upper Saddle River, N.J.: Pearson/Merrill Prentice Hall, xix, 235 p.

    Ertmer, P.A. et Newby, T.J. (2013). Behaviorism, Cognitivism, Constructivism : comparing Critical Features from an Instructional Design Perspective. Performance Improvement Quarterly, 26(2), 43-71.

    Joannert, P. (2006) Constructivisme, connaissances et savoirs. Transfert, 3, 5-9.

    Ménard, L. et St-Pierre, L. (2014). Paradigmes et théories qui guident l’action. Dans Se former en pédagogie de l’enseignement supérieur (pp.17-34). Montréal : Collection PERFORMA AQPC.

    Reboul. O. (2010). Qu'est-ce qu'apprendre ? - Paris : PUF, 1980 - coll. L'éducateur. Rééd.

    Tardif, J. (1997) La construction des connaissances. Pédagogie collégiale, 11(2), 14-19.

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  2. Bonjour Alexandre !

    J’ai bien aimé la perspective que tu apportes au débat sur les théories d’apprentissage. Comme toi, je crois que nos pratiques sont (et doivent être) teintées d’un mélange éclectique de stratégies issues des différentes théories de l’apprentissage (Ertmer et Newby, 2013). Je me reconnais aussi dans ta description d’une stratégie d’enseignement inspirée de la méthode socratique.

    J’attribue toutefois un sens différent à la phrase d’Ertmer et Newby (2013) que tu cites. Au lieu d’y voir une critique, j’y vois une confirmation de ta posture. En discutant les savoirs avec tes étudiants, en les questionnant et en conversant avec eux, tu les « fais faire », leur fait explorer le contexte et la portée du savoir qui est discuté et leur permet de l’intégrer à leur réseau de connaissances, ce qui a le potentiel de développer une compréhension approfondie et de le rendre utilisable (Buysse et Vanhulle, 2009).

    D’ailleurs, les mêmes auteurs concluent la mise à jour de leur article avec l’idée que, malgré tous les changements qui ont eu lieu depuis vingt ans, le processus d’apprentissage, lui, est resté inchangé : « although learning contexts have changed (from fixed, formal settings to mobile, informal ones), as have the tools used to facilitate knowledge construction (from individual, analog tools to social, digital ones), understanding is very likely still being constructed in ways similar to the past, only with increasing opportunities to construct that knowledge 24/7 » (Ertmer et Newby, 2013, p. 69).

    Bref, loin d’être rétrograde, l’importance que tu accordes à la réflexion me semble tout à fait justifiée.

    Références

    Buysse, A. et Vanhulle, S. (2009). Écriture réflexive et développement professionnel: quels indicateurs? Questions vives, 5(11), 225‑242.

    Ertmer, P. A. et Newby, T. J. (2013). Behaviorism, Cognitivism, Constructivism: Comparing Critical Features From an Instructional Design Perspective. Performance Improvement Quarterly, 26(2), 43‑71.

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