Devrait-on réhabiliter l'éducation universitaire ?

Notre système d’éducation est-il toujours adapté à la réalité du XIXe siècle ? Selon Sir Ken Robinson la réponse est non[1]. Notre système d’éducation, issu des lumières, ne cherche qu’à former des travailleurs par l’entremise d’écoles-usines qui annihilent la créativité et l’indépendance d’esprit. Pour y remédier, il suggère un changement de paradigme éducationnel dans lequel nous mettrions l’étudiant au centre, avec un apprentissage personnalisé qui permet de réfléchir ‘en dehors de la boîte, ce qu’il appelle la pensée divergente.

S’il s’attaque principalement aux premiers paliers de l’éducation (primaire et secondaire) nous pouvons nous demander si la situation est la même dans l’enseignement universitaire. Cabal (1995) décrit trois grands modèles d’université au XXIe siècle : le modèle allemand (tel qu’imaginé par Humboldt) qui puise son inspiration au cœur même de l’épistémologie, mettant de l’avant les notions théoriques et la recherche fondamentale et formant au passage des ‘scientifiques’ ; le modèle anglais, avec ‘Oxbridge’, qui préconise une culture générale dans les différents domaines de la vie, valorisant l’intellect plutôt que les sciences à proprement parler et mettant l’étudiant au cœur d’une relation « maître/élève » ; et le modèle latin ou français qui met l’accent sur le développement professionnel, prônant un système de méritocratie. D’inspiration mixte, le modèle Nord-américain se base plutôt sur le pragmatisme, recherchant les applications possibles pour la communauté, tout en tentant, parfois fortement, parfois timidement, de développer le sens critique et la réflexion de l’étudiant.

En ce sens, l’appréhension de Sir Robinson s’avère réaliste, dépendamment du modèle dans lequel l’université se trouve. Toutefois, Cabal (1995) réitère que la mission première de l’université étant l’enseignement, il est impératif que l’enseignement s’inscrive dans un développement ontologique de l’individu qui lui permet non seulement d’apprendre mais de comprendre, produire et créer. Ainsi, comme disait Montaigne, « [mieux vaut] une tête bien faite que bien pleine[2]. »

D’un autre point de vue, la Politique des universités paru en 2000 semble vouloir continuer et même aller plus loin dans le besoin d’arrimer l’institution et la communauté. Elle vise en effet un partenariat accru entre l’environnement et les universités. Si ce lien tend à mieux comprendre les caractéristiques, les besoins et les aléas du marché, il laisse aussi entrevoir la perte possible de toute notion d’indépendance, de liberté et d’autonomie. Toutefois, selon la Politique, l’arrimage permettra un meilleur développement du citoyen, un plus grand enrichissement de l’économie et le développement de nouveaux outils utile à la communauté. 

Certes, plusieurs étudiants viennent chercher une légitimité à l’intégration sur le marché du travail plutôt qu’une pluralité de la pensée cognitive à l’émancipation de leur raisonnement et de leur capacité à définir leur société. Comment l’université doit-elle servir la société et comment cette société doit-elle aider l’université à se redéfinir ? Cette question demande beaucoup plus qu’une écoute active des besoins et une réponse autodictée.  Elle demande une réflexion plus profonde sur l’échange de deux systèmes organisationnels qui interagissent afin de faire avancer l’ensemble plus grand de l’espèce (Beaulieu et Bertrand, 1999).

Il n’est pas évident de prendre des orientations pour un ensemble d’établissements qui sont et reflètent les fondements même d’une société et qui, de surcroît ont toujours eu le loisir d’agir de façon indépendante et libre. Si leur contribution permet à la société d’évoluer autant culturellement, qu’économiquement et sociologiquement, les universités doivent aussi maintenir une vision d’éducation de ce savoir. Quant au choix de la forme à prendre par l’enseignement, il est fort à propos de souligner qu’il y a autant de façon d’apprendre que de façon d’enseigner, ce qui compte au final, c’est l’apprentissage et l’évolution cognitive que l’individu reçoit de par et d’autre car en enseignant, on évolue tout autant.



Borréro Cabal, Alfonso. (1995). L’université d’aujourd’hui. Ottawa, Canada : Centre de recherche pour le développement international en collaboration avec UNESCO.

Beaulieu, Paul et Denis Bertrand. (1999). L'État québécois et les universités : acteurs et enjeux. Montréal : Les PUC.

Gouvernement du Québec (2000). Politique québécoise à l’égard des universités : Pour mieux assurer notre avenir collectif. Québec : Ministère de l’éducation.




[2] Montaigne, Essais I, XXVI : De l’institution des enfants.

Commentaires

  1. Bonjour, j'ai bien aimé la perspective que vous avez adoptée suite au visionnement de la vidéo de Sir Robinson. La place de l'université dans la société suscite de nombreux débats. Je comprends indirectement que vous avez présentement une vision polysémique de la situation. Vous aurez l'occasion de développer davantage sur les façons d'enseigner et les façons d'apprendre.

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