Les compétences nécessaires à la FAD : une question d'assurance
Après
notre échange de mardi dernier, j’ai réalisé combien les compétences
nécessaires à l’enseignement, qu’il soit à distance ou en classe, ressemblent à
celle des gestionnaires et ce, au-delà de ce que Papi (2016) présente comme
étant des compétences managériales. Gestion de projet, gestion des complexités,
communication, numérique, collaboration, capacité d’évaluer, de s’adapter,
d’autonomie, de planification (design pédagogique), etc. sont autant de
compétences qui touchent à l’enseignement mais que le gestionnaire doit
posséder. C’est en ce sens que j’ai pensé à Mintzberg (1973) qui présentait dix
rôles pris par le gestionnaire, soit de communicateur, de négociateur, de
leader, de figure de proue, agent de liaison, d’entrepreneur, de porte-parole,
pilote, de régulateur et de répartiteur. En ce sens, former un bon enseignant,
c’est former un gestionnaire de la pédagogie, un gestionnaire d’un savoir à
transmettre.
Dans
le contexte particulier de la FAD, si certaines compétences sont plus
présentent, je pense ici à la collaboration telle que présentée par Papi
(2016), la plupart concernent autant l’enseignement en classe qu’à distance,
tout en s’adaptant selon les besoins (adaptation, communication, gestion des
complexités, etc.)
En
faisant un plaidoyer pour l’enseignement de l’ingénierie pédagogique, Basque
(2004) explique bien comment les professeurs d’université sont
considérés « davantage comme des experts de contenu que comme des
experts pédagogiques » (p. 12). Elle ajoute que le manque de formation en
ce sens encourage « la croyance que les professeurs ne peuvent pas, par le
biais d’une formation et d’un soutien institutionnel adéquats, développer des compétences d’ingénierie
pédagogique » (p.12).
Cependant,
bien avant un plaidoyer pour soutenir la formation à l’ingénierie, je crois qu’un
soutien au développement des compétences pédagogiques de base serait
nécessaire. En effet, il est facile de constater que l’étudiant au doctorat
n’est pas ‘formé’ pour le rôle d’enseignement qui lui échoit s’il poursuit une
carrière universitaire. Il apprend sur le tas, à tâtons, sans guide. Depuis
plusieurs années déjà, les écoles de gestion ont compris le besoin de former
leurs doctorants à la pédagogie. Malheureusement, cette préoccupation n’est pas
répandue dans toutes les facultés. C’est ainsi que j’ai participé à quelques
formations afin d’améliorer ce qui pour moi demeure ma préoccupation
principale, soit avoir les compétences nécessaires et adéquates pour former les
citoyens de demain. Malgré cela, j'ai encore parfois l'impression que je marche dans un magasin de porcelaine, sur la pointe des pieds... Alors imaginez mon désarroi devant la FAD qui est loin de ma zone de confort. Je plonge toutefois devant cette nouvelle possibilité à plein pied afin que cette fois-ci, les bases soient plus solides et mon équilibre plus assuré.
Basque, J. (2004). En quoi les TIC
changent-elles les pratiques d’ingénierie pédagogique du professeur
d’université ? Revue internationale des technologies en pédagogie
universitaire, 1(3).
Mintzberg, H. (1973). The nature of managerial work Paperback.
Harper & Row.
Papi, C. (2016). De l'évolution du
métier d'enseignant à distance. STICEF, 23.
Salut Éric ! Salut Alexandre !
RépondreEffacerJe me permets un commentaire double, puisque vos billets, de par leur préoccupation commune à l’égard d’un soutien au développement des compétences pédagogiques de base, soulèvent pour moi une même question.
N’y a-t-il pas une réflexion fondamentale à faire sur le rôle de l’enseignant aux cycles supérieurs?
Je dois vous avouer bien candidement que ma formation initiale en enseignement au secondaire, ordre d’enseignement pour lequel il est impensable de dissocier l’expertise disciplinaire des réflexions pédagogiques et didactiques nécessaires son enseignement, me laisse perplexe devant les perspectives dominantes aux cycles supérieurs. Pour moi, être enseignant devrait requérir minimalement cette double expertise, peu importe l’ordre d’enseignement visé.
D’une part, cette double expertise permettrait sans doute au souhait de Basque (2004), quant au fait que le professeur (alors spécialiste de contenu et de pédagogie) demeure « le responsable incontesté et le pivot central » (p. 10), de devenir réalité. Plusieurs chercheurs, défenseurs des didactique disciplinaires, seraient d’ailleurs en faveur de ce point de vue, puisqu’ils considèrent la réflexion didactique comme étant indissociable des contenus à enseigner (Reuter, 2014).
Pourtant, d’autres chercheurs voient « des tendances communes, des éléments de théorisation qui se croisent, voire des démarches de construction de concepts traversant les différentes didactiques, [comme des] indices de la constitution d’un champ commun » (Schneuwly, 2014, p. 14) qui rendrait possible une didactique générale et transdisciplinaire.
Si j’ai un penchant naturel pour un minimum de double expertise (disciplinaire et didactique, qu’elle soit disciplinaire ou générale), les réflexions conduites dans le cadre de mon projet de thèse, mes interventions dans le cours de pratique réflexive (dans lequel j’accompagne des enseignants d’autres disciplines que la mienne), les réflexions qui traversent mes billets de blogue (entre autres, à l’instar de Bates (2015), quant au fait que les principes d’enseignement qui s’appliquent en présentiel ou à distance sont les mêmes) me portent à croire qu’une partie du problème vient peut-être de ce « besoin de contrôle » et de cette croyance qu’il « faut » être central en tant qu’enseignant.
Selon vous, que devrait-on valoriser (et reconnaître) comme rôles et responsabilités de l’enseignant?
Références
Basque, J. (2004). En quoi les TIC changent-elles les pratiques d’ingénierie pédagogique du professeur d’université? International Journal of Technologies in Higher Education, 1(3), 7‑13.
Bates, A. W. (Tony). (2015). Teaching in a Digital Age. [s.l.] : open.bccampus.ca.
Reuter, Y. (2014). Didactiques et disciplines: une relation structurelle. Éducation Et Didactique, 8(1), 53‑64.
Schneuwly, B. (2014). Didactique: construction d’un champ disciplinaire. Éducation Et Didactique, 8(1), 13‑22
Pour aller encore plus loin et rejoindre ce qu'Antoine disait, je ne pense pas que ce soit une question de compétence, mais d'attitude. Car le professeur expert dans un domaine, qui enseigne des notions près de ses intérêts de recherche trouvera toujours le moyen de se faire comprendre et fera en sorte que les étudiants comprennent et intègre les concepts et notions, car ils sont pour le professeur partie intégrante de lui. Or, ce fait n'est qu'un grain de sable dans l'ensemble de la matière à voir avec les étudiants...
EffacerJe me joins à cette discussion fort intéressante en ajoutant mon expérience en philosophie.
RépondreEffacerC'est un domaine que je critique grandement, vous l'avez certainement remarqué, surtout du point de vue « pédagogique ». Et cette critique touche à un point soulevé par Alexandre : le doctorant en philosophie n'est pas formé pour enseigner cette discipline. En effet, étudier en philosophie demande de lire des textes « seul dans son salon » comme je m'amuse souvent à dire. Puis, arrivent la maîtrise et le DOC où on nous demande de faire des conférences en n’étant aucunement préparés à cela. Le résultat est généralement plutôt ennuyant : les conférenciers se retrouvent à lire des textes de façon monotone. Ces mêmes conférenciers deviennent ensuite professeurs avec des capacités de communication souvent bien faibles, étant choisis avant tout sur leurs résultats de recherche. L'enseignement de la philosophie est une activité fondamentalement différente de l'étude de la philosophie, et cette dernière ne prépare par à la première. On ne peut s'étonner en un sens que l'enseignement de la philosophie se fasse de façon aussi traditionnelle. Je suis ainsi plus que d'accord avec cette double expertise dont parle Michael, elle serait plus que la bienvenue en philosophie. Il serait facile de conclure ici qu'il ne suffirait que de rendre obligatoires en formation en « pédagogie » pour tous les doctorants. Or, la philosophie est traditionnelle de plusieurs façons et je n'ai pas l'impression qu'un tel changement serait accueilli favorablement. Mais il y a certainement une réflexion « de société » à faire à propos du rôle de nos enseignants, particulièrement ceux des universités.
Je ne suis pas encore prêt personnellement à pousser cette réflexion plus loin, pas plus que je ne saurais apporter de solution. Mais je crois qu'une des raisons de mon transfert vers la pédagogie est ce profond malaise que j'ai eu tout au long de mes études avec la façon dont était enseignée la philosJ'espère donc un jour pouvoir cesser de critiquer et plutôt améliorer cette situation.